Des femmes migrants en Grèce et en Libye :
leadership féminin dans le monde de la Covid-19

Zahra et Sakineh. Photo : OIM

Cette année, nous célébrons la 2e Journée internationale des femmes pendant l'urgence sanitaire de la COVID-19. À l'échelle mondiale, les femmes migrantes ont été et continuent d'être des travailleuses de première ligne qui se dévouent pour soutenir leurs communautés en tant que personnel de santé, scientifiques, professeures et prestataires de services, dont beaucoup travaillent dans des services essentiels. Les femmes maintiennent les familles et les communautés unies alors que les filets de sécurité de la société menacent de s'effilocher.

En cette Journée internationale des femmes, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) rend hommage au leadership des femmes dans le cadre de la réponse à la COVID-19, alors qu'elles continuent à se battre pour un monde plus juste et plus équitable. 

Les participantes aux diverses initiatives de l'OIM à travers le monde montrent comment les femmes et les filles en situation de déplacement élargissent leurs horizons et empruntent des chemins difficiles pour réussir.

Voix d'un camp de migrants en Grèce

Zahra M. et Sakineh R., deux femmes qui sont nées de parents afghans en Iran, vivent aujourd'hui dans un camp de migrants en Grèce. Elles ont décidé de prendre les choses en main lorsque les activités éducatives ont dû être interrompues en raison de la COVID-19. Sakineh se souvient : « Au début, nous restions à la maison, nous ne savions pas à quoi nous attendre. Nous suivions les protocoles sanitaires, mais au fil du temps, nous avons décidé de créer un environnement plus éducatif et plus divertissant pour nos enfants. J'enseigne l'anglais aux débutants en tant que bénévole. Je me sens heureuse et fière parce qu'à travers cette situation difficile, j'ai pu compter sur mes propres forces et contribuer à ma communauté ».

Avec le soutien de l'équipe de l'OIM sur place, Zahra et Sakineh ont lancé des cours, dispensés à une trentaine de personnes vivant dans le camp, des matières telles que l'anglais, le persan, les mathématiques et l'artisanat, tout en respectant strictement les directives et le protocole COVID-19 en matière de santé et de sécurité.

« Personne n'a manqué aucun de nos cours. Nous sommes heureuses et satisfaites d'avoir contribué à notre communauté. L’absence d’éducation est l'une des raisons pour lesquelles nous avons quitté l'Iran. Nous ne voulions pas que la même chose se produise ici », explique Zahra.

Elle se voit comme une leader qui aimerait « servir sa communauté et être à ses côtés dans les situations les plus difficiles » et a fait remarquer qu'elle trouvait les leaders féminines « confiantes, œuvrant avec courage et patience pour obtenir le meilleur pour la société ».

Zahra et Sakineh pensent que la migration leur a permis de se trouver et « a ouvert un tout nouveau monde de possibilités », et elles ne laisseront pas la COVID-19 entraver l'éducation de qui que ce soit dans le camp.

Zahra et Sakineh ne sont que deux des nombreuses femmes qui migrent dans le monde entier pour bénéficier de meilleures possibilités d'éducation.

Fatima. Photo : OIM

Fatima H., 29 ans, est mère de trois enfants, née au Pakistan, également de migrants afghans. Elle aussi vit dans un camp en Grèce avec son fils de 9 ans. Sa fille, 15 ans, et son autre fils, 12 ans, vivent dans un centre en Allemagne.

Fatima pense que « les femmes sont les leaders de leur propre monde » et se considère comme une leader car elle est capable de « guider [sa] famille pour l’aider à créer sa propre histoire de réussite ».

Lorsqu'elle avait 13 ans, sa famille lui a dit qu'elle devait quitter l'école pour se marier. Bien qu'elle n'ait pas pu empêcher cette situation, elle savait qu'elle pouvait empêcher que la même chose n'arrive à sa fille.

« Mon mari et nos familles ont pensé qu'il était temps pour elle de se marier. Je ne pouvais pas laisser cela se produire. Cette fois-ci, j'ai pu faire quelque chose pour y remédier. J'ai décidé de partir en Europe avec mes enfants. Même si je savais que ce serait un chemin difficile et très dangereux [et] que je n'étais pas sûre que nous allions y arriver, j'ai dû prendre un risque. Pas pour moi, mais pour eux », a déclaré Fatima.

Elle a commencé à étudier en ligne, à lire des livres et à suivre les cours proposés au camp. Elle a maintenant un diplôme d’anglais et, grâce aux encouragements du personnel de l'OIM, elle a commencé à travailler comme traductrice dans le camp.

Elle est aujourd’hui en mesure de « donner des conseils et des idées aux [femmes] (...) sur la manière de se comporter pendant cette période, en veillant à ce que nos enfants suivent leurs cours et en les divertissant à la maison ».

Fatima n'a pas vu sa fille ou son fils depuis longtemps, et bien que la séparation ait été plus difficile en pleine COVID-19, ce qui compte le plus pour elle est qu'ils « vivent en sécurité et qu’ils soient libres de choisir leur propre chemin dans la vie ».

Voix des communautés de migrants en Libye

Partout dans le monde, de nombreuses femmes migrantes s’impliquent pour veiller à ce que leurs communautés soient bien informées des mesures sanitaires imposées en raison de la COVID-19. Collectivement, elles ont trouvé des moyens de s'assurer que personne n'est laissé de côté.

Nuha M, une Soudanaise arrivée en Libye il y a 26 ans, parvient à rencontrer de jeunes migrants soudanais dans des espaces ouverts, conformément aux règlements sanitaires, pour aider à lutter contre le sentiment d'isolement lié à la pandémie. Beaucoup d'entre eux ont traversé le désert et la mer, et ont vu mourir leurs proches. Nuha raconte qu'elle est venue à chaque fois, sans exception.

« Même si je n'avais rien pour les aider, je m’asseyais et j'écoutais. Je leur parlais. Cela nous permettait de ne pas nous sentir seuls », confie-t-elle.

Nuha. Photo : OIM

Elle a également réussi à les aider à renouer avec leur famille. Selon Nuha, les femmes n'ont pas d'autre choix que d'être proactives lorsqu'elles sont confrontées à des situations difficiles.

De même, Aurélie A., une migrante originaire du Bénin, a raconté que même si la société la pousse à rester chez elle et à se taire, elle a aidé à créer un groupe WhatsApp pour apporter un soutien psychologique aux migrants. Elle estime que son groupe crée un espace d'expression personnelle pendant la pandémie, malgré la distanciation physique. Dans ce groupe, les femmes partagent tout, des recettes de cuisine aux conseils pour l'accouchement.

« Mon nom a commencé à être cité dans d'autres communautés d'Afrique de l'Ouest et du sud du Sahara et entre des membres de l'église, pour demander de l'aide et du soutien », a déclaré Aurélie.

Grâce à son initiative, elle a pris contact avec l'OIM et a sensibilisé aux différents besoins des diverses communautés qu'elle soutenait pour surmonter ces moments stressants.

En plus de fournir un soutien social et psychologique, les femmes migrantes ont également comblé de réelles lacunes, une nécessité pour la sécurité générale de tous.

Vida, une migrante originaire du Ghana, est arrivée en Libye en 2014 et rêve de posséder une « grande boutique de mode ». Vida a identifié un besoin essentiel de masques dans sa communauté. Elle a rapidement réalisé que de nombreux migrants n'avaient pas les moyens de s'offrir des masques, et que les masques disponibles n'étaient pas très à la mode. Elle a donc appris à coudre quatre styles de masques différents, puis a transmis ses compétences à trois autres femmes migrantes.

Vida. Photo : OIM

Vida mentionne qu'elle « a appris à fabriquer des masques de protection lorsque nous en avions le plus besoin et que beaucoup ne pouvaient pas se les payer ». Après un premier succès, et bien que les femmes ne s'y aventurent pas souvent seules, elle s'est courageusement "rendue au Media [zone du centre-ville] pour acheter davantage de matériel de couture et de confection » et a fabriqué tellement de masques qu'elles ont pu les distribuer régulièrement à ceux qui en avaient besoin.

Vida. Photo: OIM

Comme Zahra, Sakineh, Fatima, Nuha, Aurélie et Vida nous le montrent avec audace en menant leurs propres initiatives, que ce soit dans un camp en Grèce ou au sein de communautés de migrants en Libye, pendant cette pandémie, les femmes et les filles migrantes montrent la voie à suivre à leur manière !

Par leurs actions qui visent à améliorer la vie de leurs familles et de leurs communautés, elles nous ont montré qu'il peut y avoir plusieurs types de leadership et que tous les efforts, aussi petits soient-ils, peuvent avoir un impact durable en période de crise mondiale.

L'OIM souhaite à toutes les femmes et filles migrantes en situation de déplacement, ainsi qu'à tout notre personnel et à nos partenaires dans le monde entier, une excellente Journée internationale des femmes 2021.