Dakar, 5 décembre 2022 – Quand Maty Sarr raconte sa vérité, c'est à travers le spectacle. L'actrice chevronnée travaille avec le réseau de volontaires, Migrants comme Messagers (MaM), depuis 2018.

Maty utilise le théâtre social comme un outil artistique puissant pour partager l'expérience de son périple migratoire. Après avoir atteint l'Europe en bateau, elle a réalisé que la vie n'était pas telle qu'elle l'avait imaginée. Maty est retournée au Sénégal où elle dirige une troupe de théâtre créé par des migrants de retour grâce à l'Association sénégalaise de lutte contre la migration irrégulière (ASMI).

La troupe de théâtre a collaboré avec d'autres artistes sénégalais et a, à ce jour, créé quatre pièces de théâtre qui ont été jouées plus de 50 fois. Selon Maty, le processus de création offre un espace d'expression sûr, une source d'inspiration pour le jeune public et encourage le lien social.

Maty Sarr joue en présence d'autres migrants de retour et d'acteurs. Dans chaque représentation, la troupe de théâtre s'efforce de déconstruire les stéréotypes associés à la migration. Photo : OIM 2022

Une collaboration artistique unique

Cette année, Maty et d'autres volontaires de MaM ont participé à une collaboration artistique unique entre Haïti et le Sénégal. Ils ont collaboré dans le cadre d'une résidence de création avec deux artistes dont le thème est la migration : Fatoumata Bathily, productrice de films sénégalaise primée, et Guy Régis Jr., un dramaturge et directeur de théâtre haïtien.

Au début de la résidence de création, Guy a dirigé un atelier de théâtre sur sa pièce, « L'amour telle une cathédrale ensevelie » - l’histoire universelle du voyage d'un migrant en quête d'un avenir meilleur. La pièce suit le parcours d'un fils qui tente désespérément de rejoindre sa mère vers ce qu'il croit être un eldorado.

L'atelier, auquel ont participé 10 volontaires, a été l'occasion pour le groupe de partager son expérience de migration, tout en apprenant le texte et les chansons de la pièce. Maty a fait part de son admiration pour le processus et le travail du groupe, et a déclaré : « Ce qui m'a impressionné, c'est le talent dont les volontaires ont fait preuve pour enrichir cette pièce ».

Youssouf Sané, volontaire basé à Kolda, se produit lors de l'événement de résidence créative à Dakar. Photo : OIM 2022/Amanda Nero

La production d'une courte vidéo était un autre élément clé de la résidence créative. Pendant 10 jours, Fatoumata et Guy ont travaillé avec Maty et quatre autres volontaires comme stagiaires pour aider à produire une vidéo pour le lancement de la production théâtrale de Guy pendant la saison d'automne à Paris. Les volontaires ont appris des techniques de mise en scène, de réalisation et de montage auprès de Fatoumata et de Guy, qui a déclaré : « C'est bien de prendre sa plume et d'écrire, mais je voulais rencontrer des gens qui ont vécu cette expérience ».

« On ne cesse de le répéter : Voyager, ce n'est pas devenir riche ».

Le 6 juillet 2022, l'Institut français de Dakar a organisé un spectacle devant un public de 100 personnes pour célébrer la résidence de création. La performance incorporait trois langues différentes qui reliaient le Sénégal, Haïti et l'Afrique occidentale - le wolof, le créole et le français.

Si guedj gui lagnou aksé
Si guédj gui laniouy demé
Diow nguir outi doundou wou gueun

 Sou lanmè nou vini
Sou lanmè nou prale
Nap goudiye n ap chache zile Pou mezi pye nou 

Par la mer nous sommes arrivés ici
Par la mer nous nous en allons d’ici
On navigue à chercher des îles à la mesure de nos pieds

 By sea we came here
By sea we leave here
We sail to seek islands that fit our feet

L'actrice bénévole Bineta Gano estime que la pièce a contribué à démonter le mythe selon lequel la migration apporte la richesse. Elle a déclaré : « Nous avons joué cette pièce devant des migrants de retour au pays et nous avons déconstruit l'idée que quelqu'un qui a quitté son pays devient nécessairement riche ».

La pièce a en outre exploré comment l'individu qui voyage doit ensuite assumer la responsabilité de l'espoir qu'une famille ou une communauté projette sur lui. La migration régulière et sûre peut générer des revenus économiques, tandis que la migration irrégulière peut exposer les individus à des risques et à la vulnérabilité.

En rencontrant des migrants de retour et en travaillant avec eux, Guy a exprimé sa gratitude : « J'ai beaucoup de chance d'avoir fait ce voyage et d'avoir rencontré des gens que je n'oublierai pas et qui me manqueront beaucoup ».

Cette histoire a été écrite par Adama Dia, assistant de communication, OIM Sénégal. 

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