Des femmes à Marka, ville qui a été libérée d'un groupe extrémiste violent il y a quelques années dans le Bas Shabelle, en Somalie. L'OIM en Somalie met en œuvre des projets de stabilisation et de relèvement dans les zones récemment récupérées afin de renforcer la cohésion sociale, de prévenir les déplacements et de promouvoir la paix. Photo : OIM/Rikka Tupaz 2021

Depuis plus de 30 ans, la Somalie est plongée dans une profonde crise économique, politique et sociale, et ce sont ses citoyens qui en souffrent le plus.   

Pendant des décennies, ils ont toléré les déplacements massifs de population, la perte d'êtres chers dans un conflit persistant et la destruction des services de base. La violence prolongée a également déchiré les liens d'amitié entre des communautés qui avaient vécu en paix. 

« Les gens se sont soudainement méfiés les uns des autres », a déclaré Abdiwahab Bissle, expert en stabilisation communautaire à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).   

Il se souvient de la façon dont la guerre civile a modifié la dynamique sociale dans de nombreuses villes du pays. « La plupart des affrontements armés en Somalie se déroulaient et se déroulent encore au nom des clans, ce qui affecte les liens entre les communautés. »  

La population somalienne est divisée en de nombreux clans qui ont façonné les communautés pendant des siècles. Mais c'est au cours des années 1990 que leur coexistence pacifique s'est fragmentée et que les luttes pour le pouvoir politique ont pris un tournant meurtrier.  

Depuis, bon nombre des problèmes les plus profonds du pays sont définis par des conflits de clans pour l'accès à la terre et à l'eau, exacerbés par des groupes extrémistes violents, et par la dégradation de l'environnement.  

« Pourtant, les aînés des clans traditionnels et les groupes de femmes sont une source essentielle de médiation des conflits et permettent de dissuader la violence armée », a ajouté Abdiwahab. 

La collaboration avec les chefs de communauté et les groupes de femmes a permis de rétablir la paix dans de nombreuses communautés somaliennes. C’est le cas à Dhusamareeb, la capitale de l'Etat de Galmudug, où l'OIM soutient les efforts de consolidation de la paix du gouvernement au sein des communautés qui sont historiquement en conflit. 

Une fille à Marka, ville qui a été libérée d'un groupe extrémiste violent il y a quelques années dans le Bas Shabelle, en Somalie. L'OIM en Somalie met en œuvre des projets de stabilisation et de relèvement dans les zones récemment récupérées afin de renforcer la cohésion sociale, de prévenir les déplacements et de promouvoir la paix. Photo : OIM/Rikka Tupaz 2021

Réconciliation communautaire

Depuis le début de la guerre civile, la population de Dhusamareeb était sous l'influence d'un groupe idéologique, mais des tensions internes au sein du groupe sont apparues en raison de désaccords sur le type d'Etat que les citoyens souhaitaient pour leur avenir. Cela a divisé les habitants en deux groupes idéologiques, malgré leur appartenance au même clan.  

Au fil du temps, le pouvoir est passé d'un groupe à l'autre, en fonction de la dynamique dominante. Il y a deux ans, les élections locales ont exacerbé les tensions existantes et conduit à une impasse qui a divisé les gagnants et les perdants. Cela a particulièrement affecté les relations entre deux groupes de femmes qui étaient traditionnellement des voisines partageant des intérêts communs.

« En tant que candidate au sénat, c'est un défi pour moi de poursuivre mon ambition politique sachant que les groupes de femmes de mon clan sont désunis », a expliqué Hani*, qui se présente aux élections fédérales.  

Les nominations au conseil local et à d'autres organisations clés sont devenues des questions litigieuses. Les groupes de femmes se méfient les uns des autres et se font concurrence pour obtenir l'aval de membres influents de la communauté - bien loin des relations d'il y a une dizaine d'années, lorsque les femmes des deux groupes travaillaient ensemble et partageaient des moments de joie tout en se soutenant mutuellement en cas de besoin. 

Pour les réunir, le Ministère des femmes et du développement des droits de l'homme (MoWHRD) de Galmudug a organisé un atelier de médiation et de réconciliation auquel ont participé 100 femmes des deux camps, de la majorité gouvernementale et de l’opposition. 

« L'OIM a aidé le gouvernement à former des femmes leaders influentes des deux camps politiques et à leur donner un espace pour qu'elles discutent et réfléchissent à leurs griefs respectifs », a déclaré Abdiwahab. Le dialogue a permis aux groupes de se réconcilier et de forger une ambition commune.  

Xalwo*, femme d'affaires de 56 ans, et Faduma*, professeur de religion de 55 ans, amies d'enfance, ont partagé leurs points de vue sur la manière dont le processus de médiation a permis de dépasser le clivage et de relancer la communication entre elles.

« Je me suis sentie déçue par mes amis qui ont abandonné leurs cheikhs (chefs religieux) et ont décidé de promouvoir la formation du gouvernement actuel », a déclaré Faduma, qui avait déménagé dans une autre ville lorsque les tensions ont éclaté. 

Atelier communautaire à Baidoa, en Somalie. Photo : OIM/Rikka Tupaz 2019

Xalwo et Faduma profitent désormais de la compagnie et des conseils l’une de l'autre sans éveiller les soupçons des responsables des groupes de femmes. Elles ont renoué avec leur tradition de partage du thé et du pop-corn et commandent ensemble des marchandises pour leurs entreprises afin de réduire les coûts. 

« Les séances de médiation nous ont permis d'exprimer sincèrement nos griefs de part et d'autre, ce qui nous a permis de gommer nos différences », explique Xalwo. « Nos petites réunions autour d'un thé n'ont pas de prix, il est donc important que nos deux groupes se réconcilient. » 

Après l'atelier de réconciliation, la communication entre les membres les plus importants des deux groupes a été rétablie et consolidée lors des réunions suivantes, car ils ont été encouragés à travailler ensemble dans des activités communautaires.

Les femmes sont désormais en mesure de mener leur vie de manière plus paisible. Xalwo supervise des cours d'alphabétisation et de décoration au henné dans un centre communautaire local pour femmes. « Dieu merci ! Je suis soulagée que nous ayons pu poursuivre le programme sans interruption », dit-elle. 

Ces initiatives, ainsi que d'autres initiatives similaires faisant participer les femmes à la consolidation de la paix et à la réconciliation communautaire, sont conformes à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies (RCSNU) sur les femmes, la paix et la sécurité. Elles vont également de pair avec l'approche de l'OIM visant à garantir la pleine participation des femmes aux processus de consolidation de la paix, et avec l'engagement général de l'Organisation à intégrer la dimension de genre dans ses programmes et activités.  

« Cela reflète les rôles importants que les femmes jouent dans notre société et nous souhaitons nous assurer qu'elles sont représentées dans les sphères politiques et que leurs droits sont garantis et protégés dans notre société », a déclaré Ubax Hussein Diblawe, ministre des femmes de Galmudug, lors de l'activité de réconciliation communautaire.  

Bien que les relations entre les femmes se soient dégelées, la Somalie reste fondamentalement instable et il est encore nécessaire de construire et d'approfondir l'unité et la bonne volonté nouvellement établies qui ont résulté des efforts de médiation. Cependant, Xalwo offre un espoir pour l'avenir. « Nous sommes toutes des femmes et il n'y a pas de gagnantes si nous sommes divisées ».  

Cette année, l'OIM a lancé un projet connu sous le nom de Daryeel - ou « soins » en somali - qui incorpore des années de meilleures pratiques pour mettre en œuvre la stratégie intégrée de stabilisation communautaire de l'OIM, optimisée par une association de présence locale, d'expertise multisectorielle et de perspicacité contextuelle nuancée. Pour en savoir plus sur ce projet, cliquez ici.  

La réconciliation des groupes de femmes à Dhusamareeb a été rendue possible dans le cadre du projet Midnimo II de l'OIM, grâce au financement du Fonds des Nations unies pour la consolidation de la paix.  

*Certains noms ont été changés pour protéger l’identités des personnes.  

Pour plus d'informations, veuillez contacter Claudia Barrios Rosel, responsable de la communication de l'OIM en Somalie, à l'adresse iomsomaliapsu@iom.int