Sheikh Faruk Ahmed, comme beaucoup d'autres jeunes hommes de sa communauté, a terminé l'école primaire mais n'a pas eu les moyens d'aller plus loin. Dès l'âge de 14 ans, il a commencé à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, mais comme il n'avait pas de qualifications académiques, il ne pouvait pas obtenir un emploi permanent bien rémunéré et avait donc du mal à gagner suffisamment pour subvenir aux besoins de ceux qui comptaient sur lui. Au Bangladesh, il n'était que l'un des 2,2 millions de jeunes demandeurs d'emploi qui rejoignent la population active chaque année et dont la plupart ne peuvent être absorbés par le marché du travail national.

Compte tenu du nombre restreints d'options viables à sa disposition, Faruk, comme beaucoup de ses pairs, rêvait de partir à l'étranger. Il a fait appel aux services d'un intermédiaire, qui lui a fait payer 500 000 takas bangladais, soit environ 5 925 dollars, et l'a emmené en Libye en 2012. Pendant quelques années, il a travaillé comme peintre dans une usine, mais lorsque le conflit a éclaté en Libye, ses revenus ont diminué et il a décidé de se rendre en Italie pour trouver un emploi mieux rémunéré dans un environnement plus sûr. Une fois de plus, il a fait appel à un passeur qui a organisé son voyage vers l'Italie en 2015.

Faruk Ahmed consulte un agent de terrain de Prottasha pour le plan commercial et la réintégration économique. Photo : BRAC

Le périple vers l'Europe à travers la mer Méditerranée était à la fois dangereux et effrayant. Bien qu'il ait échoué dans son objectif d'atteindre et de trouver du travail en Europe, il s'est considéré comme chanceux après avoir été secouru en mer par les garde-côtes italiens. Tragiquement, des centaines de migrants meurent chaque année en essayant de quitter l'Afrique du Nord pour l'Europe.

Après avoir été secouru, Faruk a été déplacé dans un centre d'asile où la vie était dure, et il a finalement échoué dans ses tentatives désespérées d'obtenir des documents qui lui permettraient de vivre et de travailler en Italie. En 2019, il a décidé de retourner au Bangladesh et le 25 avril, il a atterri à Dhaka après quatre ans d'absence.

Faruk Ahmed reçoit une aide en nature du projet Prottasha. Cela l'a aidé à créer une entreprise de culture de crevettes. Photo : BRAC

Malheureusement, l'histoire de Faruk n'est pas rare et met en lumière le sort des migrants vulnérables qui sont à la merci des passeurs, des trafiquants d'êtres humains et des employeurs qui les exploitent. Si Faruk a pu rentrer chez lui, beaucoup d'autres n'ont pas toujours cette possibilité. Les migrants ont besoin d'informations sur la migration sûre et régulière afin de pouvoir prendre des décisions en connaissance de cause.

Après le retour de Faruk, un membre du Forum sur la migration du sous-district de Paikgacha à Khulna, au Bangladesh, a constaté qu'il avait grand besoin d’aide. Le membre du forum l'a alors mis en contact avec le bureau du projet Prottasha dans le district pour obtenir une aide à la réintégration. Prottasha, officiellement connu sous le nom de Bangladesh : Sustainable Reintegration and Improved Migration Governance, est un projet dirigé par le gouvernement et financé par l'Union européenne.

Une réunion du Forum sur la migration en cours à Paikgacha. Faruk Ahmed se joint régulièrement à la réunion du forum. Photo : BRAC

Depuis 2017, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Bangladesh, en partenariat avec l'ONG BRAC, soutient ce projet. Les principaux objectifs sont le renforcement des capacités de gouvernance des migrations, la sensibilisation à la migration sûre et le soutien à la réintégration durable des travailleurs migrants de retour. Les résultats du projet contribuent particulièrement à la réalisation de l'objectif de développement durable (ODD) 10.

Grâce à Prottasha, Faruk a bénéficié de conseils et d'un soutien psychosocial et, avec le temps, il s'est remis de son traumatisme. Le projet lui a également dispensé une formation pour diversifier ses moyens de subsistance et l'a aidé à lancer sa propre entreprise d'élevage de crevettes.

Faruk Ahmed partage son expérience lors d'un atelier de sensibilisation. Photo : BRAC

Grâce à l’aide psychologique, Faruk a réalisé que sa vie aurait été très différente s'il avait été mieux informé avant de quitter le Bangladesh. Déterminé à aider d'autres personnes qui pourraient être confrontées à des difficultés similaires, il a rejoint le comité local du Forum sur la migration, composé d’enseignants, de dirigeants religieux, d’hommes d'affaires et de migrants de retour de la communauté locale. Il contribue à sensibiliser la communauté, en particulier les potentiels migrants, aux avantages d'une migration sûre, à l'importance de la réintégration et à la nécessité de gérer les envois de fonds.

En tant que membre du Forum, Faruk est chargé de sensibiliser les migrants potentiels aux risques de la migration irrégulière, d'améliorer leur connaissance de leurs droits en tant que migrants et de leur fournir des informations afin qu'ils puissent prendre des décisions en connaissance de cause. Il partage régulièrement son expérience, soulignant généralement qu'il a beaucoup de chance d'être en vie. Il aide également les familles à gérer les envois de fonds qu'elles reçoivent.

Faruk Ahmed parle de migration sûre aux habitants d'un stand de thé à Paikgacha. Photo : BRAC

Faruk se sent satisfait d'aider les migrants potentiels à prendre des décisions en connaissance de cause. « Je me considère chanceux de faire partie de cette noble activité. Je ne veux pas que les frères et sœurs de ma communauté vivent ce dont j'ai été victime. C'est mon seul souhait jusqu'à ma mort », dit-il.

Grâce à son travail bénévole, Faruk a aidé d'autres migrants, par exemple en organisant un arbitrage communautaire pour restituer 250 000 takas (2 962 dollars) à un migrant victime d'une falsification, en empêchant une femme migrante de payer 30 000 takas (355 dollars) à un intermédiaire malhonnête ou en encourageant un migrant de retour d'Italie à investir dans des biens qui lui rapporteraient plus que la construction d'une maison.

L'implication de Faruk dans la communauté ne passe pas inaperçue. « C'est un grand plaisir d'observer un migrant de retour, qui a traversé beaucoup d'épreuves, aider maintenant les autres à ne pas vivre la même situation », a déclaré Bebasish Torofder, un organisateur du projet Prottasha sur le terrain. « Faruk nous aide non seulement à sensibiliser l'ensemble de la communauté, mais aussi à rendre notre travail beaucoup plus facile. »

Faruk Ahmed dans sa communauté à Paikgacha, Khulna. Photo : BRAC

C'est grâce aux initiatives de sensibilisation et au travail des forums actifs sur la migration, comme celui de Faruk, que les communautés ont une meilleure connaissance de la migration, y compris des informations sur le coût, les itinéraires, la gestion des envois de fonds, le soutien à la réintégration et les diverses compétences nécessaires sur les marchés du travail à l'étranger.

Grâce à Prottasha, des forums sur la migration ont été mis en place dans 60 sous-districts du Bangladesh et, grâce aux initiatives de sensibilisation, les membres de la communauté peuvent s'adresser aux organisations spécialisées dans la migration et aux autorités gouvernementales pour obtenir des informations et des conseils. Cela a permis d'améliorer la gouvernance des migrations au niveau des districts et a contribué à réduire la vulnérabilité des migrants potentiels à l'exploitation et à la traite des êtres humains.

Cette histoire a été écrite par Md Sariful Islam, responsable national de la communication de l'OIM au Bangladesh, Tel : +8801915631608, Email : mdsislam@iom.int